Manifeste

Nous ne sommes pas seuls. Nos partenaires (universitaires, acteurs publics, culturels ou associatifs) créent des savoirs et cherchent à les faire vivre, c’est-à-dire à les faire circuler, à les partager. Ils ont compris que, pour produire des effets, cette démarche implique une double exigence. D’abord, modifier la grammaire de ces savoirs pour leur donner une chance d’être consultés et manipulés au delà de leurs champs de production et d’études traditionnels. Ensuite, créer des conditions techniques et sociales favorables aux croisements de ces savoirs et à leur rencontre avec une audience, une communauté, des usages, etc. à travers un support adapté.

Nous travaillons à médiatiser ces savoirs, c’est-à-dire à leur trouver une forme et un support aptes à les faire sortir de l’entre-soi des savants. A ouvrir ces savoirs à d’autres publics. Pour cela, nous utilisons principalement internet : méta-média ubiquitaire et ouvert, il offre aux connaissances un terrain d’expression, de connexion, de conversation d’une richesse inouïe.
L’information est omniprésente, et c’est au milieu d’un univers quasiment saturé qu’il faut désormais réussir à incarner ces savoirs. "Il n’y a pas de force intrinsèque de l’idée vraie" explique Bourdieu à la suite de Spinoza (Ethique, IV, 14). C’est alors un travail sur l’opérabilité des concepts, leur caractère préhensible et sensible, qui s’engage en vue de les faire dialoguer avec les complexions propres des lecteurs.

De l’information au savoir

"L'architecture de données concerne la collecte, le stockage et l'échange de données dans une organisation, tandis que l'architecture de l'information permet d'interpréter les données pour leur donner un sens utile et exploitable". L’objectif ? Créer les conditions d’une société des connaissances. Il faut que les informations résonnent en nous, pour nous faire raisonner. L’information actualise. La connaissance, elle, augmente notre puissance d’agir et, par conséquent, nous met en mouvement.
Deux solutions dès lors pour rendre les savoirs affectants, et les remettre au centre des préoccupations actuelles :

  • Leur adjoindre des "prothèses passionnelles" (Lordon, 2016) afin que les concepts soient en mesure d’affecter, c’est-à-dire qu’ils agissent sur les individus et les mobilisent. Ce passage du concept à l’affect est réalisé par le recours au percept, soit "un ensemble de perceptions et de sensations" (Deleuze 1988). Il s’agit bien de donner corps à l’idée, de la rendre présente, actualisée dans un artefact, de la montrer plutôt que l’expliquer. On passe ainsi du concept abstrait et froid, à l’affect mobilisateur en travaillant à leur concrétisation par le percept.

  • Élever la sensibilité générale aux contenus idéels, afin que ceux-ci traversent la société comme ils traversent les milieux intellectuels. Un objectif de long terme passant notamment par la découverte de plaisir dans l’apprentissage. Les deux termes partagent une étymologie proche puisque le terme grec Scholè qui signifiait loisir à donné scuola, l’école, en Latin.

Il y a certainement une façon d’érotiser le savoir, de rendre le savoir hautement, hautement agréable. Que l’enseignement ne soit pas capable de révéler cela, qu’il ait presque pour fonction de montrer combien le savoir est déplaisant, triste, gris, peu érotique, moi je trouve que c’est un tour de force […] Mais je crois qu’il y a un plaisir intrinsèque au savoir. Une libido sciendi comme disent les gens savants.”

— Michel Foucault, Radioscopie, 1975
Dans les deux cas, la révolution connective qu’introduit internet et sa capacité à créer non plus seulement des audiences mais des publics acteurs de leur navigation est l’une des pierre angulaire de ce nouveau paradigme médiatique et implique de penser la notion de "contrat de conversation" (Granier, 2011) et ses implications. Des "explorables" (Bret, 2011) introduisant la lecture active, à une réflexion quand à la grammatisation des affects opérée par les réseaux sociaux (like, retweet, etc.), de la "collaboration sans coordination" (Shirky, 2008) aux données liées (Berners-Lee, 1998) les pistes sont nombreuses et stimulantes. Elles nous guident vers l’espoir d’une société connectée pour partager des ressources ouvertes et faire émerger des savoirs "profanes".

Pour un urbanisme des savoirs

L’architecture ne prend son sens qu’intégré à un ensemble plus large. Aussi, et malgré la révolution dans l’accès à l’information que représente internet, c’est avant tout dans le maillage et le lien que ce réseau prend tout son sens. La centralisation du réseau autour des services proposés par les GAFAM a ouvert la voie à une véritable "économie de l’attention" (Goldhaber, 1997) et a participé de la nouvelle enclosure des biens informationnels. La sur-sollicitation et les mécanismes pervers de rétention des utilisateurs que ce nouveau paradigme favorise nous "infectent plus qu’ils nous affectent" (Damasio, 2019). Dans ce contexte, l’information, décontextualisée et insaisissable, court le risque d’agir comme un "mot d’ordre" (Deleuze, 1987) plus que comme un outil d’émancipation.

Plus largement encore, penser une architecture de l’information qui agisse comme un outil de développement de l’intensité démocratique d’une société implique d’en interroger le modèle économique mais aussi l’architecture technique sous-jacente. Que cela passe par la promotion d’architectures distribuées en pair-à-pair (Méadel, Musiani, 2015), par l’interrogation du cadre économique même du web (Maurel,2018) ou encore par la polarisation entre une "classe vectorialiste" (McKenzie Wark, 2013) et une "classe hacker", soit une opposition entre des "dynamiques exploratoires et prédatoriales" (Auray, 2011).

C’est se tenir sur la brèche entre philosophie politique et architecture technique, sociologie et "écologie de l’attention" (Citton, 2014), c’est réussir affirmer des préférences : celle de construire des objets informationnels visant à la constitution d’un sujet collectif, un pluriel suffisamment soudé pour qu’il puisse s’énoncer comme "Nous".

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